A Bordeaux : l’eau avant l’été

En France métropolitaine, ce sont des milliers de personnes qui vivent dans des conditions très précaires au sein des bidonvilles qui se sont développés sur l’ensemble du territoire. Alors que l’Etat vient de doubler le budget dédié à la résorption des quelques 360 sites, il apparaît comme évident que l’éviction ne résout rien. Au contraire, elle ne fait que repousser le problème hors des limites d’une commune, comme si loin des yeux, le bidonville n’existait plus. La mobilisation des équipes communales et intercommunales est primordiale pour parvenir à des solutions efficaces et pérennes, passant par l’insertion sociale des habitants. Les bidonvilles abritent aujourd’hui 17 600 personnes en France métropolitaine, un chiffre qui ne reflète qu’incomplètement la réalité car il ne comptabilise pas l’ensemble des citoyens non-ressortissants de l’Union européenne. En Outre-Mer, la réalité est encore plus critique. Alors que les médias ont récemment mis en avant les difficultés des habitants de Mayotte face aux flux migratoires venus des Comores, les bidonvilles sont aussi très nombreux en Guyane.

L’instruction du 25 janvier 2018 sur la résorption des bidonvilles et des squats appelle à bâtir des stratégies locales. Les pouvoirs locaux doivent donc participer à la résolution des problèmes dans ces quartiers d’habitat spontané, notamment pour l’accès aux droits, à l’éducation des enfants, à un logement décent, à l’accompagnement et au soutien des familles relogées, à la gestion des sites pour l’eau, à l’amélioration des conditions sanitaires, etc. Ne pas raccorder les bidonvilles aux réseaux de services essentiels est une façon de ne pas encourager la pérennisation de ces quartiers. Le constat est cependant plus complexe. Les habitants s’installent, branchés ou non, et doivent alors trouver des solutions pour obtenir un accès à l’eau et à l’assainissement. Le manque d’hygiène est un véritable problème et une source d’angoisse au quotidien. Dans des habitats précaires et mal isolés, la propagation des maladies peut être rapides et faire des ravages, en particulier sur les populations les plus vulnérables.  

Le collectif Action Bord’eaux (Médecins du monde Aquitaine, France libertés Gironde, Architectes sans frontières et Dynam’eau) estime que plus de 1 200 personnes sont contraintes de vivre en squats et bidonvilles sur ce territoire, « la plupart sans accès à l’eau potable ou à un assainissement décent ». Le 22 mai 2019, Médecins du monde et Dynam’eau obtiennent, après des sollicitations répétées, une audience avec le président de Bordeaux métropole. Elle est fructueuse : la collectivité s’engage à ce que tous les bidonvilles et squats installés sur des terrains, en commençant par ceux de la métropole est propriétaire, soient dotés d’un approvisionnement en eau « avant l’été », « là où c’est possible ».

La métropole a confié le projet au Groupement d’intérêt public (GIP) « Bordeaux métropole médiation » comprenant deux médiateurs parlant le roumain et le bulgare, les deux langues majoritaires dans les bidonvilles et squats sur ce territoire. Le GIP travaille à y améliorer les conditions de vie, à gérer les conflits et à mettre les habitants en relation avec les dispositifs de droit commun pour accéder à leurs droits.

Ces deux médiateurs ont fait le tour des seize sites concernés par l’engagement de la collectivité, dont cinq se sont avérés sans alimentation en eau potable. Ils étaient accompagnés de personnels de Suez, délégataire de service pour l’aménagement du réseau, et d’agents de Bordeaux métropole, en charge des derniers mètres de canalisation, en aval des compteurs. « L’opération correspond aussi à l’intérêt bien compris de Suez, relève Sophie Valade, de Médecins du monde. Le prestataire accuse un taux de fuite de 17 % sur son réseau, et les branchements sauvages, dans les squats, n’améliorent pas ce bilan… »

Les premiers sites concernés ont été traités dans le mois suivant, observent les associatifs, et avant l’irruption de la canicule. Parfois, il s’agissait simplement de réactiver l’alimentation pré-existante d’un édifice. L’un des plus importants, la friche industrielle Brazza, où campent à distance des bâtiments près de 400 personnes dans des baraques et caravanes, a été équipé d’une rampe de plusieurs robinets reliés à un tuyau tiré depuis un compteur. « Cependant, les demandes associatives pour des sanitaires et l’évacuation des eaux usées restent pour l’instant sans réponse », souligne David Dumeau, l’un des médiateurs du GIP. Un prochain chantier pour Suez et Bordeaux métropole ?

Retrouvez ce reportage sur la situation à Bordeaux pages 58 et 59 du dossier du CNDCH Romeurope : « Les élus locaux face à la résorption des squats et bidonvilles » (accessible à ce lien), réalisé à l’occasion des municipales 2020.

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